Protection de la vie privée et cybersécurité
Intégrer l’intelligence artificielle en entreprise : pourquoi et comment le faire de manière stratégique et sécuritaire
Une intégration non encadrée expose l’organisation à des risques importants, notamment sur les plans juridique, éthique et opérationnel.
Les risques d’un mauvais encadrement de l’IA
Parmi les menaces les plus préoccupantes figure le phénomène d’« IA fantôme » (shadow IA), soit l’utilisation non autorisée d’outils d’IA par les employés, souvent sans supervision ni validation. Cette pratique peut exposer l’organisation à plusieurs risques, notamment :
- des fuites de renseignements personnels sensibles;
- une divulgation non contrôlée de propriété intellectuelle;
- des décisions biaisées ou erronées;
- des violations des obligations prévues par la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé.
Problèmes de sécurité
L’utilisation d’outils d’IA en dehors du cadre organisationnel peut introduire des risques importants. Ces outils peuvent contenir des logiciels malveillants ou présenter des failles de sécurité, susceptibles d’être exploitées pour compromettre l’intégrité des systèmes.
En l’absence de gouvernance claire sur l’utilisation de l’IA, l’organisation s’expose à des sanctions, à une perte de confiance de ses clients et partenaires, et à des impacts réputationnels graves.
En 2023, Samsung permettait à ses employés d’utiliser une IA générative, ChatGPT, pour les aider à accomplir leurs tâches. Un employé a partagé avec ChatGPT une partie du code source d’un produit de Samsung, dévoilant un secret commercial[1]. Le code source partagé fait maintenant partie des données de ChatGPT et pourrait potentiellement être communiqué à d’autres utilisateurs. À la suite de cet incident, Samsung a suspendu temporairement l’usage d’outils d’IA générative, avant d’en autoriser à nouveau l’utilisation en 2025, une fois des politiques de sécurité adéquates mises en place[2].
Un programme de gouvernance efficace doit donc traiter et atténuer les risques émergents au fil du temps de façon durable, tâche ardue compte tenu de l’évolution de l’IA et des cadres réglementaires.
Les étapes pour une intégration sécuritaire et réussie
Pour éviter ces dérives, l’intégration de l’IA doit être considérée comme une démarche stratégique, structurée et alignée sur les objectifs de l’entreprise. Elle repose sur plusieurs étapes clés, qui permettent de maximiser les bénéfices tout en minimisant les risques.
1re étape : Identifier les besoins réels de l’organisation
Une analyse approfondie des processus internes permet de repérer les tâches inefficaces, les points de friction ou les possibilités d’optimisation. Cette étape doit mobiliser des représentants de différentes équipes, qui sont les mieux placés pour :
- exprimer les besoins opérationnels concrets;
- vérifier si l’outil d’IA devra traiter des renseignements personnels détenus par l’organisation;
- définir les résultats attendus du projet;
- favoriser l’adhésion au projet dès le départ.
Enfin, une bonne compréhension des risques associés permettra de mettre en place une structure de gouvernance adaptée à la réalité de l’organisation.
2e étape : Évaluer les outils disponibles
L’évaluation des outils d’IA doit aller au-delà des seules fonctionnalités techniques. Elle doit inclure :
- une analyse des risques : identifier les sources, la nature et les effets potentiels liés à l’utilisation de l’IA;
- une vérification de la sécurité des données : s’assurer que les outils respectent les standards de sécurité de l’organisation;
- une évaluation de la conformité légale, notamment la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, qui impose :
- d’informer une personne visée par une décision automatisée;
- de lui offrir la possibilité de faire réviser la décision par une personne;
- de démontrer que la collecte de renseignements personnels est nécessaire à la finalité poursuivie.
L’évaluation doit aussi porter sur :
- la capacité de l’outil à respecter les droits et obligations;
- sa compatibilité avec les systèmes internes de l’organisation;
- les données utilisées par le fournisseur ou les développeurs internes pour concevoir l’outil.
Enfin, il est aussi important de bien comprendre les limites des outils d’IA afin d’en restreindre les impacts négatifs. Une vérification technique et juridique rigoureuse permet de s’assurer que la solution choisie respecte les exigences réglementaires et les standards internes, tout en favorisant le développement d’un programme de gouvernance responsable, éthique et transparent.
3e étape : Aligner l’intégration de l’IA avec les politiques internes
L’intégration de l’IA doit s’inscrire dans le cadre des politiques internes de l’organisation. Cela implique :
- la mise à jour des politiques de gestion des données, afin de tenir compte des nouvelles réalités liées à l’IA;
- la définition claire des rôles et responsabilités associés à l’utilisation des outils d’IA;
- la mise en place de mécanismes de contrôle et de reddition de comptes pour assurer un suivi rigoureux.
Un élément clé de cette étape est l’adoption d’une politique d’utilisation acceptable de l’IA qui doit :
- encadrer les usages permis et interdits;
- définir les conditions d’accès aux outils;
- préciser les responsabilités des utilisateurs;
- prévoir des mécanismes de suivi et de sanction en cas de non-respect.
Elle permet de prévenir les abus, de protéger les données et de garantir une utilisation conforme aux valeurs et objectifs de l’entreprise.
4e étape : Former et sensibiliser les employés
Ledéveloppement des compétences internes est essentiel pour assurer une intégration responsable et efficace de l’IA. Cette étape vise à :
- renforcer les connaissances techniques minimales liées à l’utilisation des outils d’IA;
- sensibiliser les employés aux enjeux éthiques, juridiques et organisationnels;
- favoriser une culture d’innovation responsable, fondée sur la transparence, la sécurité et le respect des droits.
Pour soutenir cette démarche, il est recommandé de :
- mettre en place des programmes de formation adaptés aux différents rôles et niveaux de responsabilités;
- offrir des ressources pédagogiques accessibles dans chaque secteur;
- intégrer des scénarios pratiques et des études de cas pour faciliter l’appropriation des outils;
- prévoir des séances de mise à jour régulières, en fonction de l’évolution des technologies et des cadres réglementaires.
Une formation bien structurée permet non seulement de réduire les risques liés à une mauvaise utilisation de l’IA, mais également de mobiliser les équipes pour faciliter cette transition et renforcer l’appropriation des outils.
5e étape : Assurer une surveillance et une mise à jour en continu
Une fois les outils d’IA intégrés aux opérations de l’entreprise, il est essentiel de mettre en place un processus de surveillance continue afin de détecter toute activité inhabituelle ou non autorisée : utilisation abusive, comportements imprévus de l’IA ou failles potentielles en matière de sécurité.
Comme tout logiciel, les outils d’IA doivent être mis à jour régulièrement pour demeurer sécuritaires et performants. Les fournisseurs publient fréquemment des mises à jour visant à corriger des vulnérabilités, améliorer les fonctionnalités ou optimiser les performances.
Ces mises à jour doivent donc être suivies de près et être appliquées sans délai pour maintenir un niveau de sécurité élevé et corriger rapidement toute vulnérabilité nouvellement découverte.
Par ailleurs, des vérifications régulières de l’utilisation permettent d’ajuster les outils aux besoins évolutifs des clients, des employés et des autorités de contrôle. L’intégration d’indicateurs de performance est également essentielle pour :
- évaluer la qualité, la cohérence, l’équité, la conformité et la fiabilité des outils;
- identifier rapidement toute lacune ou dérive.
Le programme de gouvernance doit être revu périodiquement, en fonction de l’évolution des technologies, des risques et du cadre réglementaire, afin d’assurer une gestion proactive et responsable de l’IA.
Conclusion
L’intégration de l’IA en entreprise représente une formidable occasion d’innovation, mais elle doit être abordée avec rigueur et discernement. Comme l’a démontré le cas de Samsung, une utilisation non encadrée de l’IA peut entraîner des conséquences sérieuses : atteinte à la vie privée, divulgation de secrets commerciaux, décisions automatisées biaisées et non-conformité aux obligations légales. Pour éviter ces écueils, il est essentiel de structurer l’adoption de l’IA autour d’une démarche stratégique, éthique et sécuritaire.
Notre équipe spécialisée en technologies, vie privée et cybersécurité accompagne proactivement les organisations dans cette transformation, que ce soit pour :
- évaluer les risques, encadrer juridiquement l’utilisation de l’IA;
- rédiger des politiques internes;
- former vos équipes.
Nous sommes là pour vous aider à intégrer l’IA de manière responsable, conforme et durable.
[1] Samsung Bans ChatGPT Among Employees After Sensitive Code Leak – Forbes(en anglais seulement).
[2] Samsung lets employees use ChatGPT again after secret data leak in 2023 – SamMobile (en anglais seulement).


